QU’Y A-T-IL DE PLUS TRISTE QU’UN TRAIN ?


Titre: Signes, étoiles et triangles.

(format:30×180)

Exposition collective au Mémorial du Struthof.

http://www.struthof.fr/fr/actualites/fiche/exposition-quy-a-t-il-de-plus-triste-quun-train/

Regard de quatre artistes européens sur la déportation.

Deborah Edwards (peintre).  Anglaise

Lola Granell (peintre-plasticienne).  Espagnole

Paolo Jamoletti.  (documentariste).  Italien

Didier Lemarchand. (photographe).  Français

 

Signes, étoiles et Triangles.

Kobayashi Issa 1763-1828    Haïku. « Dans ce monde nous marchons sur le toit de l’enfer en regardant les fleurs ».

Le nazisme, en organisant la déportation a aussi créé un type d’organisation qui encore aujourd’hui nous interpelle.

Depuis le transport, dans les conditions inhumaines que nous connaissons par des témoignages divers, à l’élimination, en passant par l’organisation des camps : nourriture, vêtements, classification des affaires personnelles des arrivants, travail, mort et organisation de leur disparition, rien n’était laissé au hasard, dans un but d’efficacité et d’humiliation qui dépasse tout ce que l’humanité avait connu avant cette période. 

Plus d’affaires personnelles, passeports, cartes d’identité et autres papiers qui nous permettent de nous identifier dans des circonstances normales. A la place, triangles, étoiles, tatouages étaient utilisés pour indiquer la provenance et l’appartenance, pour que tout soit exposé à tous. Dans le cas de multi-appartenances (par exemple politique et homosexuel), cela donnait lieu à des combinatoires redoutables.

Le svastika, devenue la croix gammée, était avant tout un symbole antique qui nous arrive de la Mésopotamie et qui était aussi un signe de bonheur.

Dans un article paru le 19 janvier 2016 le journal « Le Monde », nous apprend que le Japon envisage de faire disparaitre les svastikas de l’espace public parce que ce signe choque les touristes. Cependant, il s’agit plutôt, pour les japonais, d’un signe bouddhiste qui symbolise l’énergie, l’amour, la sagesse et la compassion. Il faut préciser que le signe n’est pas orienté de la même manière pour les nazis, qui l’orientent vers la droite, et dans les pays asiatiques où il est orienté vers la gauche.    

Les croix cousues sur le dos des vestes des déportés, vues dans les vitrines du musée au Struthof, les désignant comme autant de cibles faciles, m’ont beaucoup interpellée.  Les mélanger aux signes nazis en voie de décomposition, mais qui peuvent toujours se recomposer, est une façon d’alerter sur les tentations totalitaires actuelles, tout en se référant à cette période noire de l’histoire. Les tentations de ce genre ne sont pas complètement disparues.

Des questions d’ordre plus personnel m’ont traversé l’esprit en visitant ce camp, qui était une ancienne station de ski, et qui surplombe un très beau paysage montagneux.

Le froid, la neige, la faim, l’uniforme qui n’est pas chaud, les chaussures inconfortables pour marcher et travailler, les travaux forcés, les humiliations quotidiennes. Comment ont-ils fait pour supporter çà des années durant ? Ce sujet nous questionne aussi sur l’inhumanité de l’humanité. Ce sont des personnes qui étaient derrière cette machine.  L’horreur fera-t-elle toujours partie du genre humain ? Que signifie une minute de silence dans cet univers de peur et menaçant ? Comment en parler, comment le montrer, comment transmettre ?

Au-delà de réponses déjà connues par le travail des historiens sur cette organisation de travail et de mort, il me revient sans cesse des questions non résolues.

Lola Granell, 2016

 

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